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Kamahu :

Rencontre avec Kilian Delorme (CEO) et Julien Gaslain (Lead Developper) qui ont lancé KAMAHU, jeune start-up spécialisée dans les solutions SAAS pour l’aquaculture.
 
 
Pourquoi avez-vous créé Kamahu ?
KAMAHU a été créée pour accompagner les mutations du secteur piscicole en France et en Europe, et plus généralement le développement de l’aquaculture. Nous commercialisons en effet une offre de services informatiques innovants dans le domaine du suivi d’élevage et de la planification de production, notamment pour la pisciculture.
L’aquaculture est promue à un grand avenir : c’est une des réponses à la fois au besoin de sécurité alimentaire pour la population mondiale croissante (on estime à 795 millions le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde en 2017 et à 9 milliards la population mondiale à l’horizon 2050) et à la baisse des ressources issues de la pêche, ainsi qu’une alternative aux produits carnés.
Il n’est donc pas surprenant que ce soit le secteur qui connaisse depuis plusieurs années la plus forte croissance en matière de production alimentaire : l’aquaculture fournit déjà près de 50% du poisson consommé dans le monde et l’élevage est très représenté pour certaines espèces (93 % du saumon de l’Atlantique en est par exemple issu).
Ces enjeux concernent aussi bien l’aquaculture continentale que marine (https://www.nature.com/articles/s41...), même si cette dernière est peu développée en France (5 000 tonnes de poissons sont produites annuellement, contre par exemple 100 000 tonnes en Grèce et près d’un million de tonnes de saumon en Norvège).
Dans un contexte de tension énergétique, de forte dégradation environnementale et de réchauffement climatique dont les conséquences seront plus prégnantes encore (phénomènes climatiques violents, terres immergées, sécheresse…), quel modèle agricole permettra de nourrir la population mondiale et de procurer la sécurité alimentaire tout en préservant la planète ?
En ayant vocation à accompagner le développement de l’aquaculture, KAMAHU apporte sa (toute) petite pierre à l’édifice.
 
Quel est votre cœur de métier et les marchés que vous visez ? Notre cœur de métier est la fourniture de services logiciels de suivi d’élevage aquacole.
KAMAHU possède une expertise en développement logiciel (technologies web) et intervient la plupart du temps dans des contextes d’innovation technologique, souvent en lien avec de l’électronique, de la RFID, des problématiques liées au décisionnel, du développement de systèmes d’information dédiés et de la traçabilité alimentaire.
La société est indépendante et attache une très grande importance aux technologies utilisées, qui sont toutes open-source ; nous évitons autant que faire se peut les offres des grands éditeurs américains.
Nous commercialisons un service logiciel dédié à la pisciculture et baptisé mykiss, en référence à oncorhynchus mykiss, le nom scientifique de la truite arc-en-ciel. Cet outil s’appuie sur une première plate-forme conçue en 2012/2013 pour un groupe de piscicultures finistériennes qui avaient besoin de reporting multi-sites en temps réel et de prévisions de production pertinentes. Cette plate-forme en mode SAAS (« software as a service ») est encore à ce jour la seule opérationnelle en Europe de ce type dédiée à la pisciculture.
mykiss est une application métier et un moteur de workflow disponibles sur Internet. A partir d’une saisie quotidienne d’informations (10 minutes maximum) sur les sites de production, il est possible de visualiser à tout moment la situation générale des élevages. mykiss fournit ainsi en temps réel des indicateurs de performance (gains de biomasse, courbes de croissance, taux de rationnement, indices de conversion et comparaisons avec les données théoriques attendues etc.) et permet de faire des prévisions commerciales, de visualiser les écarts entre la production et le prévisionnel, d’assurer une traçabilité totale (mouvements ayant affecté les bassins, alimentation distribuée, mélanges de lots, passage au rosissement, couvertures des vaccins, traitements administrés, géniteurs etc.) et de répondre ainsi aux exigences de l’industrie agro-alimentaire.
Les points forts de mykiss sont notamment la simplicité d’utilisation / l’ergonomie intuitive, la fiabilité, la souplesse, les contrôles, la sécurisation, le reporting et le pilotage.
 
 
Et votre positionnement ?
KAMAHU ambitionne de devenir le fournisseur de services de référence pour l’aquaculture française en matière de suivi d’élevage, et de prendre place progressivement en Europe.
Son développement passe par une conquête du marché de l’élevage de salmonidés (44 000 tonnes de ventes annuelles dont plus de 80% de truite arc-en-ciel) en Bretagne puis en France et progressivement en Europe, puis une déclinaison pour la pisciculture d’autres espèces et enfin la conception de services complémentaires pour d’autres productions aquacoles.
Le marché français de la pisciculture reste toutefois un marché de niche, par ailleurs très concentré ; 50 % de sa production annuelle est réalisée par une vingtaine d’entreprises. Cela nous impose d’opter dès le départ pour un déploiement à l’international vers quelques pays cibles.
De par son histoire en matière d’aquaculture et de par les innovations diverses et les nombreux programmes de recherche qu’elle porte, la Bretagne nous permet cependant d’adresser tous les marchés aquacoles : celui des poissons bien sûr (c’est la seconde région piscicole française), mais aussi celui des coquillages (conchyliculture : ostréiculture, mytiliculture et halioticulture), des crustacés (astaciculture et pénéiculture) ou encore des algues (algoculture). C’est à la fois un laboratoire et une terre d’avenir, qui possède aussi une filière d’enseignement aquacole renommée. De même, les transformateurs sont présents et toute l’industrie agro-alimentaire bretonne est reconnue pour son savoir-faire.
 
Quelle est votre offre de service pour le secteur agroalimentaire ?
Nous servons d’interface entre les producteurs et les transformateurs en proposant un outil dont certaines fonctionnalités peuvent être partagées pour assurer une plus grande intégration, du moins dans la transmission de l’information.
Le service mykiss permet de répondre à plusieurs problématiques :
- les regroupements de fermes aquacoles autour d’usines de transformation engendrent des besoins de consolidation dans un objectif de prises de décision rapides ;
- la commercialisation en grande distribution impose une exigence de traçabilité poussée (et de réactivité) pour supporter le marketing client et la sécurité alimentaire ;
- la dispersion des sites crée une nécessité de reporting multi-sites à distance en temps réel et
- les durées d’élevage génèrent un impératif de fiabilité dans la planification alors que la visibilité sur le long terme permet de lisser la production pour répondre à une demande régulière de produits transformés.
Or, il n’existe pas à ce jour en Europe d’offre de service répondant à l’ensemble de ces besoins pour l’aquaculture. Avec notre offre SAAS, nous donnons un accès direct à des remontées d’information terrain et à des prévisions de production mises à jour en temps réel. L’analyse de performance est facilitée, le suivi de la traçabilité alimentaire immédiat et le respect des cahiers des charges GMS facilité.
mykiss peut par ailleurs servir d’outil pour l’information du consommateur et pour rassurer sur l’origine, les modes de production, les traitements etc. ; c’est aussi une base pour l’intégration de nombreux capteurs voire d’automates.
Enfin, l’analyse des données (performance de l’aliment, analyse financière des stratégies de production, benchmarking régional, etc.) est évidemment au cœur des développements actuels. En matière de big data, comme l’indique le proverbe, « all is fish that comes to the net » (on peut tirer intérêt de l’analyse de chaque information) ; les données terrain, anonymisées, peuvent évidemment contribuer à optimiser la performance en aquaculture.
KAMAHU s’engage par ailleurs sur le respect de la confidentialité, la sécurité des données, la transparence et l’indépendance qui ont été pour elle des impératifs pour gagner la confiance de ses clients.
Enfin, il faut souligner que nous avons développé le service mykiss à la demande de pisciculteurs et de transformateurs et que ce sont eux qui ont déterminé les logiques métiers. Nous nous sommes efforcés de proposer une solution très intuitive et rapide à utiliser, pour coller aux besoins du terrain et intégrer les contraintes liées aux environnements difficiles. Il a fallu faire simple (« Keep it simple ») et il n’est pas toujours facile de faire simple ! Surtout avec un souci d’exhaustivité et de remontées d’informations suffisantes pour permettre l’analyse. Mais en finale, c’est bien le respect des exigences des utilisateurs qui a conditionné le succès et l’adhésion au service.
 
Que recherchez-vous dans la communauté Valorial pour votre développement ?
L’adhésion de KAMAHU à Valorial s’inscrit dans une démarche visant à accroître notre visibilité, à travailler en partenariat sur des projets collaboratifs, innovants et spécifiques pour la filière, à contribuer à proposer une offre à la pointe de l’innovation en matière de traçabilité pour les IAA, à bénéficier de l’accompagnement du pôle (salons, conférences, mises en relation etc.). C’est aussi pour nous un moyen d’assurer une veille technologique sur le secteur des IAA.
Nous ne sommes pas en recherche de financement mais il est certain qu’un apport de fonds nous permettraient d’aller plus vite (la concurrence internationale finalise la conception de services similaires) et de mettre en place des modules complémentaires pour d’autres activités aquacoles que la pisciculture.
Enfin, nous sommes à la recherche de partenaires pour le déploiement commercial à l’étranger (participation conjointe à des salons, accord commercial etc.).
 
Le mot de la fin ?
Dans le contexte actuel, il semble impératif de soutenir technologiquement les éleveurs de la filière piscicole et d’assurer la meilleure qualité possible pour le consommateur ; l’innovation est par ailleurs la seule solution pour ne pas être relégué en simple utilisateur de solutions conçues hors Europe et rester acteur.
Rappelons que la Chine représentait en 2013 58,8% de la production aquacole mondiale, l’UE à 28 seulement 1,25 %, et que la production piscicole européenne stagne depuis des années quand des nouveaux projets très ambitieux (et loin des scandales sanitaires et environnementaux qui défraient de temps à autre la chronique) voient le jour hors d’Europe. Pourtant, l’aquaculture est bien un secteur d’avenir, et la Bretagne et la France ont tous les éléments pour réussir.

Contact :
Kamahu
Kilian Delorme
CEO
contact kamahu.com
06 07 84 40 54 
twitter : @kamahu29