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Project stories

Quapores :

Quapores, pour garder la patate !
 
 
Rencontre avec Jean-Eric Chauvin, de l’INRA, Responsable Scientifique du projet Quapores, dont la réunion de clôture a eu lieu le 6 décembre dernier. 

 
Quel est l’objectif principal de ce projet d’innovation collaboratif ?
L’objectif du consortium réuni dans le cadre du projet Quapores (INRA IGEPP, Bretagne Plants, Germicopa, Altho, Peny - Groupe D’AUCY) était d’initier un travail de structuration de la filière pomme de terre au niveau Grand Ouest pour qu’à terme chaque utilisateur (qu’il soit consommateur direct ou transformateur IAA) puisse disposer d’une (ou quelques) variété(s), non seulement résistante(s) aux principaux pathogènes et donc plus économe(s) en intrants, mais aussi adaptée(s) aux conditions de production de l’Ouest de la France et répondant parfaitement à ses attentes en termes d’aptitude à l’usage. Il s’agissait dans un premier temps de développer des outils biochimiques d’analyse de la composition des tubercules en lien avec ses aptitudes technologiques puis d’étudier un pool génétique suffisamment large de variétés et d’hybrides pour voir si du matériel végétal pouvait répondre à ce double enjeu d’une agriculture durable : matériel résistant aux bioagresseurs permettant de limiter les traitement phytosanitaires et apte à la transformation industrielle.

Quel est son caractère innovant et les retombées attendues ?
Le caractère innovant du projet est de mettre ensemble pour la première fois des acteurs d’une même filière afin de les faire travailler à l’établissement d’un cahier des charges communs pour des variétés qui correspondraient aux attentes de chacun des acteurs, depuis le producteur de plants jusqu’au consommateur final, en tenant compte également des exigences actuelles du développement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Des sources de résistance aux différents pathogènes (mildiou, nématodes, bactéries) ont été identifiées par les équipes de recherche de l’INRA de Rennes (IGEPP) chez des espèces sauvages apparentées à la pomme de terre et les gènes ont été introduits par croisements sexués dans l’espèce cultivée. Les hybrides interspécifiques ont été distribués par l’INRA aux sélectionneurs français dont ceux présents en Bretagne (Germicopa et Bretagne Plants) qui les ont utilisés dans leurs plans de croisements et des nouveaux hybrides, porteurs de caractères de résistance innovants, sont désormais proches de l’inscription. Il s’agit de savoir si, parmi ces hybrides, il en existe qui présentent les caractéristiques intéressants les transformateurs industriels et les consommateurs. Outre l’établissement du cahier des charges, le projet devait également permettre de repérer, en étudiant une large gamme de matériel, des génotypes résistants qui pourraient être adaptés à différents usages.
 
Où en êtes-vous aujourd’hui ? 
La réunion de clôture du projet a eu lieu le 6 décembre 2016. Ce projet qui a duré 3 ans et demi (janvier 2013 à juin 2016) a permis de mettre au point le dosage de 77 composés présents dans les tubercules de pomme de terre (sucres, acides aminés, protéines, nitrate, nitrite, minéraux, phénols, vitamines, glycoalcaloïdes). Ces dosages ont été appliqués pour caractériser les tubercules d’un ensemble de 100 variétés et hybrides proches de l’inscription, présentant des résistances aux pathogènes ou non. Un sous-ensemble de 20 génotypes a été sélectionné sur la base d’une combinaison de critères biochimiques rendant les tubercules propres à la réalisation de chips (forte teneur en matière sèche, faibles teneurs en sucres réducteurs et asparagine) ou de plats cuisinés appertisés (teneur en matière sèche moyenne, faibles teneurs en sucres réducteurs et acide chlorogénique). Les analyses ont été reprises sur les 20 génotypes pendant 3 années consécutives ce qui a permis de cumuler les résultats d’analyse et de prendre en compte un éventuel « effet année ». Parmi les 20 génotypes sélectionnés sur des critères biochimiques, 9 présentent une bonne aptitude à la réalisation de plats cuisinés avec une note globale de 1 (= très bien) sur différents critères intégrant la couleur, le goût, la tenue et la texture. Parmi ces 9 génotypes, un hybride présente un bon niveau de résistance au nématode à kystes Globodera pallida, 2 autres présentent un bon niveau de résistance à Pectobactrium et 3 sont assez résistants au mildiou.
Parmi les 20 génotypes sélectionnés, 8 présentent une bonne aptitude à la réalisation de chips en termes de couleur du produit et avec une teneur an acrylamide inférieure au seuil critique de 1000 ppm. Après une conservation des tubercules au frigo de 8 mois, seules 5 variétés sur 8 sont toujours aptes à la réalisation de chips. Deux d’entre elles présentent un bon niveau de résistance au mildiou.
Des expérimentations complémentaires sur ce matériel végétal doivent maintenant être envisagées par les obtenteurs et industriels concernés pour vérifier son intérêt dans le cadre d’une production nécessitant moins de pesticides en intégrant notamment des données agronomiques et économiques, non prises en compte dans notre étude.

Vous vous êtes engagé dans ce projet d’innovation collaboratif avec plusieurs partenaires : innover en mode collaboratif, cela représente quoi pour vous ? 
Un tel projet n’aurait pas pu voir le jour et ne serait pas envisageable sans l’implication de plusieurs acteurs de la filière. Chacun a pu profiter de l’expérience et des connaissances des autres et c’est grâce à cette mise en commun que nous avons pu aller aussi loin dans un laps de temps relativement court. Le projet a des retombées sur le plan technique (mises au point de techniques de dosage de différents composés dans les tubercules de pomme de terre), sur le plan de la sélection (identification de caractères ayant une forte composante génétique, étude des corrélations entre les caractères), sur le plan de la transformation industrielle (repérage d’individus aptes à l’usage) et pour le développement d’une agriculture plus durable (individus aptes à la transformation et résistants à certains pathogènes).
Les limites sont le temps que chaque partenaire a pu consacrer à ce projet. En particulier, l’important jeu de données obtenu pourrait être mieux valorisé sur le plan scientifique par des publications. 
 
Contact :
Jean-Eric Chauvin
INRA
Directeur de l’UE RGCO
Directeur adjoint de l’UMR IGEPP
Tél. 02 29 62 63 16
jean-eric.chauvin inra.fr
 
Fiche technique du projet :
Objectif : Qualifier des tubercules de pommes de terre résistantes à différents agents et aptes à la transformation
Axe thématique de Valorial : Microbiologie & Sécurité des Aliments
Appui au montage pour la labellisation : Valorial
Date de démarrage : Janvier 2013 
Date de clôture : Juin 2016
Coût total du projet : 495 000 € 
Aides accordées : 221 000 €
Cofinanceurs : logos financeurs
Porteur : UMR IGEPP - Inra (35)
Partenaires : Bretagne Plants (29), Germicopa (29), Altho (56), Peny (29), Oregon State Université (USA)