Prendre conscience de la nouvelle révolution industrielle et de ses effets dans l’agroalimentaire

9 novembre 2014
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“La mutation des entreprises vers le numérique ne se résume pas à l’adoption massive d’outils et de technologies et à la dématérialisation des processus mais remet en question les modèles économiques, les chaînes de valeur, l’environnement concurrentiel, les organisations et leurs fonctionnements, les métiers, les modes de travail, et de collaboration des hommes et des femmes, la vie quotidienne des salariés.”

C’est par ces propros que Christine Balagué, vice-présidente du récent Conseil National du Numérique introduit l’étude du cabinet Roland Berger intitulé “Du rattrapage à la transformation. L’aventure numérique, une chance pour la France”

 

Il ressort de l’enquête que le numérique est “un facteur de croissance des entreprises et du bien-être de leurs salariés”. Ainsi les entreprises les plus matures connaissent :

  • une croissance de leur Chiffre d’Affaires 6x plus élevée que celle des entreprises les moins matures
  • un indice de bien être professionnel 50% plus élevé que celui des entreprises les moins matures

C’est précisément ces deux points qui restent problématiques dans la filière agroalimentaire​. Le rapport de Roland Berger revient sur deux entreprises du secteur alimentaire qui ont néanmoins su saisir l’opportunité digitale :

 

1/ Comme de nombreux industriels, Poult est un groupe familial spécialisé dans la fabrication de biscuits MDD. Six des grandes enseignes de la distribution représentaient ainsi en 2000 80% de son chiffre d’affaires. En 2001, l’actionnariat prend une décision forte : réorienter l’entreprise dans unedynamique de compétitivité et de croissance pérenne sur de nouveaux marchés.

 

La transformation s’entame en 2006 :

  • les salariés sont sollicités à travers des ateliers de réflexion transverses
  • deux niveaux hiérarchiques sont supprimés
  • les équipes de production deviennent autonomes dans leur planning
  • des structures collaboratives sont installées pour permettre aux directeurs de site de partager leurs problèmes
  • un incubateur est lancé et les salariés peuvent y consacrer jusque 50% de leur temps de travail. L’incubateur donne par exemple lieu aux magasins d’usine ou aux camions ambulants en milieu rural
  • des marques en propre sont lancées, notamment sur des biscuits antistress et des compléments alimentaires

En parallèle Poult (200 salariés et 5 usines) a quadruplé sont CA entre 2005 et 2012. Selon le PDG 70% de la croissance du groupe est tirée par les nouveautés.

 

2/ SEB est numéro 1 mondial du petit électroménager culinaire. Pour consolider cette position la Société d’Embouteillage de Bourgogne a fait le choix stratégique d’investir dans un vaste programme de R&D pour comprendre les évolutions de son environnement. Dans le cadre d’unconsortium, SEB regroupe des partenaires pour mettre au point les solutions innovantes de la cuisine numérique visant par exemple à développer des appareils intelligents capables d’optimiser la cuisson des aliments pour préserver leur goûts et leurs apports nutritionnels.

 

Pour finir, l’étude indique enfin 6 pistes pour accélérer la transformation :

1- Investir dans la formation
2- Investir dans le partage de bonnes pratiques, et la rencontre de l’offre et des PME/ETI
3- Développer l’interface entreprises/start-ups pour stimuler des écosystèmes numériques
4- Introduire la culture de l’innovation dans les universités
5- Faire de l’État un aiguillon de l’adoption du numérique
6- Faire des pouvoirs publics des acteurs numériques avancés​

 

Soit quelques beaux chantiers à (re)lancer pour rebooster la compétitivité des entreprises agroalimentaire.

Christophe JAN